21 septembre 2026

Eveil des Nations

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Après le fiasco de Molodo, la parole se libère au Mali et la junte cherche une issue

Trois véhicules tout-terrain frappés du triangle stylisé d’Africa Corps, abandonnés sur le bas-côté d’une piste poussiéreuse entre Diabali et Niono : depuis le 20 septembre 2026, ces images venues de Molodo, dans la région de Ségou, ne se contentent plus de circuler discrètement. Elles alimentent désormais des réactions à voix haute et une question lancinante : après un tel aveu de faiblesse, comment la junte du colonel Assimi Goïta compte-t-elle encore tenir son récit, et surtout son pouvoir ?

Molodo, 20 septembre 2026 : le récit officiel rattrapé par le terrain

La zone était présentée comme verrouillée par le pouvoir central. Une patrouille mixte réunissant des militaires des Forces armées maliennes et des paramilitaires russes de l’Africa Corps — cette formation placée sous la tutelle directe du ministère russe de la Défense, héritière assumée du groupe Wagner — y a été prise en embuscade par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, affilié à Al-Qaïda. Quelques minutes d’échanges de tirs ont suffi : les hommes déployés par Moscou ont retrouvé leurs réflexes de repli, laissant sur place trois véhicules, exposés aux regards et aux caméras des assaillants.

Pour Bamako, l’épisode ne relève plus du simple accroc tactique. Il devient le point de départ d’un débat que la communication officielle parvenait jusque-là à contenir.

Des réactions qui ne se murmurent plus

Le retournement le plus notable n’est pas militaire, il est politique. Dans un pays où douter publiquement de l’efficacité du partenaire russe revient à s’exposer, la séquence de Molodo a ouvert une brèche.

Les véhicules abandonnés, premier déclencheur

Le logo de l’Africa Corps floqué sur des blindés livrés à eux-mêmes sur la route de Molodo constitue un symbole difficile à neutraliser. Ces clichés, repris de téléphone en téléphone et sur les réseaux sociaux, contredisent frontalement les communiqués triomphalistes rédigés depuis les bureaux climatisés de l’État-major. Beaucoup de Maliens y voient la confirmation de ce qu’ils pressentaient : sous couvert de combattre le néocolonialisme, le pouvoir a troqué une dépendance imparfaite contre un assujettissement onéreux à une milice privée incapable de garantir la paix.

Une société civile qui saisit l’ouverture

Les voix critiques, longtemps réduites au silence, la presse indépendante censurée ou traquée, trouvent dans l’épisode un motif difficilement contestable. Chaque nouvelle question posée sur le coût du dispositif russe se heurte à la même réponse : l’accusation de haute trahison ou de complicité avec l’ennemi. Mais la propagande ne protège pas contre la réalité du terrain, et les familles des soldats engagés sur l’axe Diabali-Niono attendent, elles, des explications concrètes.

À Bamako, une ligne de défense de plus en plus fragile

Quatre ans après les premiers déploiements de mercenaires sur le sol malien, le bilan s’impose avec une brutalité nouvelle. Les conséquences se lisent moins dans les discours que dans la carte de l’insécurité :

  • un péril djihadiste loin d’être éradiqué, l’arrivée de la milice russe ayant servi de puissant moteur de recrutement pour les groupes islamistes et oppositionnels ;
  • une insécurité qui, autrefois confinée aux confins désertiques du Nord, gangrène désormais le centre du pays ;
  • une capitale encerclée par les blocus routiers, les attaques de garnisons et les pressions économiques ;
  • des opérations conjointes émaillées d’accusations de bavures et d’exactions, qui ont achevé de couper l’armée des populations rurales ;
  • un État exsangue qui paie ces troupes à prix d’or et octroie des concessions minières aux sociétés liées au Kremlin.

Sur le terrain, face à un adversaire mobile et parfaitement acclimaté, la brutalité aveugle a pris la place de la stratégie. Et les hommes de l’Africa Corps agissent davantage comme une garde rapprochée du régime que comme une force de libération.

Et maintenant ? Les perspectives d’une sortie de crise

Un partenariat russe au coût toujours plus lourd

Rien n’indique, à ce stade, une remise en cause de l’alliance. Poursuivre dans cette direction revient pourtant à enfermer le Mali dans une impasse : sans réconciliation nationale ni stratégie politique globale, avec des troupes étrangères qui décrochent au premier coup de feu, l’État continue de se déliter et abandonne un peuple meurtri aux extrémistes comme aux profiteurs de guerre.

Réconciliation nationale ou enlisement durable

L’alternative est désormais posée publiquement. Soit Bamako accepte de rouvrir un dialogue politique et de reconstruire un lien avec les populations rurales, soit la junte s’enferme dans une logique de survie individuelle, bunkérisée dans la capitale, plus soucieuse de conserver le pouvoir que de sauver la Nation. Le 20 septembre 2026 à Molodo n’a pas seulement coûté trois véhicules : il a rendu cette question impossible à éluder, et c’est peut-être là son principal effet.

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