2 décembre 2026 : le Sénégal face à son choix institutionnel historique
Le 2 décembre 2026 marque une date charnière pour le Sénégal : à partir de ce jour, le président Bassirou Diomaye Faye aura le pouvoir de dissoudre l’Assemblée nationale. Un tournant politique majeur, alors que le paysage institutionnel du pays se recompose après la perte de la majorité parlementaire.

Un pouvoir constitutionnel inédit pour le président Faye
L’article 87 de la Constitution sénégalaise offre une opportunité unique au président Faye : dissoudre l’Assemblée nationale à partir du 2 décembre 2026. Cette date n’est pas anodine : elle correspond à l’échéance des deux premières années de la législature en cours, élue en novembre 2024. Une fenêtre institutionnelle que le chef de l’État pourrait actionner pour relancer les équilibres politiques.
Pourtant, le contexte actuel est radicalement différent de celui de 2024. Depuis sa rupture avec le Pastef d’Ousmane Sonko en mai 2026, le président ne dispose plus d’une majorité parlementaire stable. Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo a pris la tête de l’hémicycle, tandis que Bassirou Diomaye Faye a fondé son propre parti, Kiiraay, pour relancer son action politique. Une situation inédite qui place le Sénégal dans une cohabitation aux enjeux inédits.
Ce tournant institutionnel s’accompagne d’une question cruciale : le président utilisera-t-il ce pouvoir, et si oui, dans quelles conditions ? Une décision qui pourrait redéfinir durablement le paysage politique du pays.
Deux scénarios s’opposent : dissolution ou statu quo ?
Le président peut choisir de dissoudre l’Assemblée dès le 2 décembre, déclenchant ainsi une campagne électorale d’ici fin janvier ou début mars 2027. Une option qui permettrait à Kiiraay de tenter de récupérer une majorité, mais qui engagerait des coûts logistiques et financiers importants, estimés à plus de 20 milliards de FCFA. Un budget qui s’ajouterait à celui des élections locales prévues en janvier 2027, posant un défi organisationnel et politique majeur.
L’autre voie consisterait à maintenir le statu quo, malgré l’absence de majorité parlementaire. Une option risquée : chaque texte important deviendrait un bras de fer entre l’exécutif et l’Assemblée, avec la loi de finances rectificative et le budget 2027 en première ligne. Une situation qui pourrait s’avérer explosive, surtout si les élections locales de janvier 2027 deviennent un référendum de fait sur la légitimité du président.
Pour l’instant, le président Faye reste prudent. Interrogé en septembre 2026, il a rappelé que « nous ne sommes pas encore au 2 décembre » et qu’aucune date n’a été arrêtée. Pourtant, dans son entourage, certains ministres, comme celui du Commerce, ont ouvertement évoqué la tenue de nouvelles élections, accusant les députés du Pastef de « sabotage » de l’action présidentielle.
Un calendrier électoral sous tension
Si la dissolution est actée, elle imposerait un rythme électoral intense : élections législatives entre fin janvier et début mars 2027, suivies des locales le 17 janvier. Un enchaînement qui pourrait saturer les ressources administratives et financières du pays. Certains responsables de Kiiraay, comme un cadre départemental à Kaolack, ont déjà exprimé leur opposition à un scrutin simultané, jugeant la dépense publique « irresponsable » face aux urgences sociales.
Pour l’opposition, cette période représente une opportunité rare. La division de l’ancienne majorité ouvre un espace pour une recomposition politique, à condition qu’elle trouve une stratégie commune face aux deux blocs dominants : Kiiraay et le Pastef. Mais l’enjeu dépasse les calculs électoraux : c’est la légitimité même du projet politique de 2024 qui est en jeu.
Diomaye Faye vs Ousmane Sonko : le duel politique qui s’annonce
Pour Bassirou Diomaye Faye, une dissolution réussie serait l’occasion de retrouver une majorité et de gouverner sans entraves jusqu’à la fin de son mandat. Mais le risque est énorme : Kiiraay, créé en juillet 2026, n’a aucune expérience électorale. Une défaite aux législatives laisserait le président face à une Assemblée encore plus hostile, pour le reste de son quinquennat.
Pour le Pastef, la situation est tout aussi périlleuse. Avec 130 sièges sur 165, le parti n’a presque rien à gagner en sièges, mais tout à perdre en légitimité. Une victoire du Pastef après la rupture avec le président légitimerait Ousmane Sonko comme figure centrale du paysage politique sénégalais, et confirmerait la thèse de ses militants selon laquelle Bassirou Diomaye Faye aurait trahi le projet de 2024.
Les deux camps se préparent activement à la bataille électorale. Alors que Faye structure Kiiraay, Sonko mène une campagne de recrutement pour son parti, avec une tournée nationale dédiée à la vente des cartes de membre. Une compétition qui s’annonce acharnée, et dont l’issue pourrait redessiner durablement l’échiquier politique.
Au final, le 2 décembre 2026 n’est pas seulement une date : c’est le début d’une séquence clé. Le président peut dissoudre l’Assemblée, attendre l’issue des locales de janvier, ou utiliser la menace comme levier de pression. Une chose est sûre : l’année 2027 s’ouvrira sous le signe des urnes, et c’est peut-être là que se jouera le véritable arbitrage entre Faye et Sonko.